Impossible d’ignorer ce chiffre : près d’un tiers des consultations dermatologiques concernent des infections fongiques. Loin de se limiter à l’inconfort, ces atteintes multiplient les pièges et déjouent parfois le diagnostic. Chaque surface, chaque objet partagé peut devenir un relais silencieux, compliquant le tableau pour les patients comme pour les soignants. Face à ce défi, l’agilité diagnostique et la rapidité de traitement font toute la différence. L’efficacité repose sur un traitement ciblé et rapide, seul rempart pour couper court à la propagation, limiter la récidive et éloigner le spectre de l’infection chronique. Reste à adopter quelques règles d’hygiène précises, indispensables pour endiguer la transmission.
Dermatophytose : comprendre cette infection fongique fréquente
La dermatophytose occupe une place bien particulière parmi les infections fongiques qui attaquent la peau, les ongles ou les cheveux. À l’origine, des champignons microscopiques, les dermatophytes, issus principalement des genres Trichophyton, Microsporum et Epidermophyton. Leur terrain de jeu ? Les zones chaudes et humides du corps, où ils prolifèrent sans gêne : entre les orteils, sur le cuir chevelu, autour des ongles.
Les symptômes changent selon la zone. Sur le cuir chevelu, la teigne (tinea capitis) laisse des plaques sans cheveux qui, chez les enfants, peuvent s’infecter et suppurer. Sur le corps (tinea corporis), la lésion classique, l’herpès circiné, se repère à sa bordure rouge, nette, qui s’étend progressivement. Les mycoses des ongles (onychomycoses) épaississent, jaunissent et fragilisent l’ongle, le rendant friable.
La transmission ne se limite pas au contact humain : animaux de compagnie, surfaces contaminées (piscines, vestiaires), tout peut servir de vecteur. Le pied d’athlète (tinea pedis), omniprésent chez les sportifs et usagers des lieux publics humides, illustre combien la moindre inattention suffit. Prendre ces infections à la légère expose à des complications, surtout chez les personnes fragilisées par une immunodépression. Adopter un traitement adapté évite l’engrenage des récidives et stoppe la progression.
Quels signes doivent alerter ? Les symptômes à reconnaître
Les dermatophytoses n’ont rien d’uniforme : leur expression varie selon la localisation, mais certains signes mettent sur la voie. Sur la peau glabre, la mycose cutanée prend souvent la forme d’une plaque arrondie, bien délimitée, rouge, légèrement gonflée et squameuse. L’herpès circiné se distingue par un centre qui s’éclaircit, tandis que le bord s’étend, un aspect que les médecins qualifient d’« eczéma marginé d’Hebra », surtout visible sur les plis ou le tronc. Des démangeaisons parfois intenses compliquent le quotidien.
Sur le cuir chevelu, la teigne provoque des zones sans cheveux, avec parfois des cheveux cassés à la base et des squames. Chez l’enfant, l’apparition de plaques rouges, parfois purulentes, doit immédiatement faire suspecter une infection fongique. Les ongles n’échappent pas à la règle : la onychomycose se traduit par un ongle épaissi, jaune, qui s’effrite facilement.
Quant au pied d’athlète (tinea pedis), il se manifeste par des fissures, un aspect blanchâtre entre les orteils, parfois de petites vésicules. Brûlures et démangeaisons ne sont pas rares. Parfois, les signes sont plus discrets : une seule lésion, peu inflammatoire, qui traîne… Dans le doute, face à toute anomalie persistante de la peau ou des ongles, mieux vaut envisager la dermatophytose parmi les hypothèses.
Diagnostic et traitements : ce que propose la médecine aujourd’hui
Le médecin commence par l’examen visuel : il repère les plaques rouges, les bords nets, les squames évocatrices. Pour confirmer, un prélèvement de squames ou d’ongle passe sous microscope. Ce geste simple dévoile la présence des champignons dermatophytes. Une culture mycologique, parfois longue à obtenir, affine l’identification du responsable, utile, notamment, pour les formes atypiques ou qui résistent aux traitements classiques.
La prise en charge repose sur les antifongiques. Les formes localisées, peau glabre, plis, pied d’athlète, répondent bien aux crèmes, gels, poudres ou solutions à base d’imidazolés, d’allylamines ou de ciclopirox. Il est indispensable de poursuivre l’application quelques jours après la disparition des symptômes pour éviter les rechutes.
Si l’infection s’étend, touche le cuir chevelu ou les ongles, le traitement oral devient nécessaire. Griséofulvine, terbinafine, triazolés (itraconazole, fluconazole) font partie des médicaments privilégiés. Leur utilisation impose un suivi médical, car la durée est longue et les interactions possibles nombreuses.
Le traitement ne s’arrête pas à l’application d’une crème ou à la prise d’un comprimé. Il faut aussi s’attaquer aux facteurs favorisants : lutter contre la macération, choisir des chaussures adaptées, limiter la transpiration excessive. Un accompagnement éducatif pour toute la famille limite la propagation et les récidives.
Prévenir la dermatophytose au quotidien : conseils d’hygiène et mesures essentielles
Pour limiter le risque de transmission, les réflexes d’hygiène doivent évoluer, aussi bien à la maison qu’en collectivité. Les mycoses dermatophytiques passent de personne à personne, via les animaux domestiques, mais aussi par l’intermédiaire d’objets courants : serviettes, tapis, chaussures, brosses. Les champignons microscopiques survivent longtemps sur les surfaces, ce qui exige une attention particulière dans les vestiaires, piscines et salles de sport.
Recommandations pratiques :
- Le linge de toilette doit être lavé régulièrement à 60 °C pour éliminer toute trace de champignon.
- Évitez de partager serviettes, chaussures ou accessoires de coiffure, même au sein de la famille.
- Un séchage minutieux des espaces entre les orteils est recommandé, surtout pour les enfants et les sportifs.
- En cas de mycose du pied ou de l’ongle, désinfectez le sol pour limiter le risque de récidive.
Chez ceux qui présentent des facteurs de risque comme le diabète, une immunodépression ou une maladie chronique, la surveillance dermatologique doit être renforcée. Dès le moindre doute, un suivi médical rapide prévient la chronicisation et les complications infectieuses.
La vigilance s’étend aussi aux animaux domestiques. Faire examiner régulièrement chiens et chats, principaux transmetteurs de la teigne chez l’enfant, s’impose. Nettoyer soigneusement coussins, jouets et paniers réduit le risque de contamination. Si l’animal présente des lésions suspectes, l’isoler et consulter un vétérinaire évite que la transmission ne s’installe dans le foyer.
Adapter son hygiène au contexte quotidien, porter des sandales dans les lieux humides, traiter rapidement toute lésion cutanée, ce sont autant de gestes simples pour barrer la route aux mycoses et à leurs suites parfois longues à effacer. Face à la dermatophytose, la réactivité et la rigueur font la différence, et permettent, parfois, d’éviter bien des tracas sur la durée.


